Une étude majeure, publiée ce 17 novembre 2025 dans le prestigieux journal JAMA, apporte une réponse porteuse d'espoir. Menée sur plus de 20 ans au Bangladesh, elle démontre que la réduction de l'exposition à l'arsenic entraîne une baisse significative de la mortalité, confirmant l'efficacité des mesures d'atténuation.
Une étude d'envergure sur deux décennies
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont suivi une cohorte prospective de 11 746 adultes dans la région d'Araihazar au Bangladesh, une zone où les eaux souterraines sont naturellement riches en arsenic.
L'originalité de cette étude réside dans sa méthodologie :
Suivi longitudinal : Les participants ont été suivis de 2000 à 2022.
Mesures précises : Les chercheurs n'ont pas seulement testé l'eau des puits, mais ont également mesuré les taux d'arsenic dans l'urine des participants à plusieurs reprises au cours de l'étude, offrant un indicateur fiable de l'exposition réelle.
Contexte d'intervention : Durant cette période, des campagnes de santé publique ont encouragé la population à changer de source d'eau (puits profonds, eau filtrée), permettant d'observer l'effet direct de ces changements de comportement.
Les résultats : Un bénéfice clair pour la santé
Les résultats de l'étude sont frappants et soulignent l'importance de l'accès à une eau saine. Les chercheurs ont constaté une corrélation directe entre la baisse du taux d'arsenic urinaire et l'augmentation de l'espérance de vie.
Voici les points clés à retenir :
Réduction de la mortalité globale : Les participants dont les taux d'arsenic ont le plus diminué ont vu leur risque de décès par maladie chronique chuter de manière significative par rapport à ceux restés exposés à des taux élevés.
Impact sur le cancer et le cœur : La réduction de l'exposition a été associée à une baisse de 20 % de la mortalité par cancer et de 23 % de la mortalité par maladies cardiovasculaires.
La réversibilité du risque : C'est peut-être la donnée la plus encourageante. Les personnes qui avaient une exposition élevée au début de l'étude, mais qui ont réussi à la réduire, ont vu leur risque de mortalité rejoindre celui des personnes ayant toujours été faiblement exposées. Cela suggère que les effets néfastes de l'arsenic ne sont pas une fatalité si l'on intervient à temps.
Pourquoi cette étude est importante ?
Jusqu'à présent, la plupart des études se concentraient sur les dangers de l'exposition. Cette recherche valide scientifiquement les efforts de santé publique : changer de source d'eau sauve des vies, même après des années d'exposition.
Cela suggère que les mécanismes physiopathologiques (comme le stress oxydatif ou les dommages à l'ADN) induits par l'arsenic peuvent être atténués, voire normalisés, lorsque l'exposition cesse.
Cette publication du JAMA envoie un message fort aux autorités sanitaires mondiales. La lutte pour l'accès à une eau potable exempte de contaminants n'est pas seulement une question de confort, c'est une intervention médicale préventive majeure. Réduire l'exposition à l'arsenic, même à l'âge adulte, offre un bénéfice immédiat et durable pour la santé cardiovasculaire et la prévention des cancers.
Source : Wu F, van Geen A, Graziano J, et al. Reduction in Arsenic Exposure and Mortality From Chronic Diseases. JAMA. Published online November 17, 2025.
Par Dr Adama GUEMBRE

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